Lorsque les partenaires vivent un écart entre leur désir sexuel
Dans tous les couples, peu importe l’orientation sexuelle, il y a écart entre le désir sexuel éprouvé par les partenaires. Cependant, certains couples s’adaptent bien à cet écart et arrivent à bien composer avec celui-ci alors que certains autres vivent cet écart comme une difficulté qui mine la satisfaction conjugale globale et qui semble souvent irrémédiable. Ce texte s’adresse davantage à ce deuxième type de couple, soit celui qui n’a pas su composer avec les différentes attentes et représentations de la sexualité des partenaires.
L’écart peut être très souffrant pour les deux partenaires
Il peut paraitre difficile à croire dépendamment de votre propre position, mais les deux partenaires, qu’il soit celui ayant le plus grand désir sexuel ou celui ayant le plus petit désir sexuel, peuvent souffrir beaucoup de l’écart vécu. La personne ayant le plus grand désir sexuel peut ressentir de la frustration, de la colère, du rejet et peut en venir à être plus irritable et remettre l’initiation des rapports sexuels à l’autre. Elle revendique aussi souvent que c’est son.sa partenaire qui a le pouvoir parce que c’est lui.elle qui décide quand ont lieu les rapports sexuels. Elle peut également croire que l’autre ne fait pas d’efforts et veut lui faire du tort. Pour la personne qui a le plus faible désir sexuel, elle peut se sentir coupable, se demander ce qui ne va pas avec soi-même et s’obliger soi-même à avoir des rapports sexuels pour plaire à son.sa partenaire. Elle peut en venir à développer une anticipation négative des rapports sexuels parce qu’il n’y trouve pas plaisir et à éviter l’intimité physique par peur de créer des attentes chez l’autre, ce qui accentue l’écart davantage. Les deux se retrouvent donc ancrés dans des positions et des pensées qui ne font que perdurer la difficulté.
Comment faire pour mieux nous adapter à cet écart?
Accepter que l’autre soit différent
D’abord, il est primordial d’apprendre à accepter que l’autre soit différent et que par conséquent, ses désirs soient différents. Cela peut sembler banal, mais prenez le temps de ressentir cette différence et d’accepter que l’autre ne soit pas vous et de vous enrichir de cette différence sur tous les niveaux plutôt que de vous entêter à vouloir que l’autre soit entièrement comme vous.
Élargir ses connaissances au sujet du désir sexuel
Ensuite, il serait pertinent d’élargir vos connaissances au sujet du désir sexuel et de son fonctionnement. Ceci pourrait permettre une meilleure compréhension de ce qui peut créer cet écart dans le désir sexuel et d’y remédier de manière efficace plutôt que de sombrer dans des reproches et de la culpabilité. Il implore donc que les deux partenaires s’ajustent à cette différence notamment en favorisant les préliminaires, mais aussi le jeu de séduction et l’anticipation positive des rapports sexuels avant même qu’ils aient lieu.
Élargir la notion de sexualité
Il est aussi pertinent d’élargir pour les deux partenaires, la notion de sexualité et de ne surtout pas la limiter à la pénétration. Cette dernière ne doit pas être le qualificatif requis pour considérer avoir eu une relation sexuelle comme c’est encore beaucoup le cas actuellement. La sexualité peut être variée et il vaut mieux savoir apprécier chaque geste sexuel plutôt que de camper dans une idée préconçue que la pénétration est nécessaire et ainsi se priver de plusieurs bonnes choses.
Jouer sur le désir sexuel par les fantasmes
Aussi, il est possible de jouer sur le désir sexuel à l’aide de fantasmes. Pour la personne ayant le plus faible désir sexuel, elle peut s’exercer à faire monter le désir en elle notamment avec des fantasmes. À cet effet, les fantasmes sont souvent diffus et imprécis comme des rêves plutôt que des idées très claires et des scénarios très précis. Il suffit donc de prendre quelques secondes et de le répéter régulièrement pour alimenter son désir sexuel par ces pensées ou ses sentiments érotiques. À l’inverse, la personne ayant un plus fort désir sexuel peut quant à elle, éviter de trop alimenter ses pensées sexuelles et ses fantasmes non pas pour faire disparaitre le désir sexuel, mais plutôt dans l’objectif de ne pas le nourrir lorsque ce n’est pas possible de le combler dans un rapport sexuel à deux. Il peut cependant y avoir des alternatives…
Communiquer adéquatement
Finalement, c’est cliché, mais dont vrai, la communication efficace fait toujours partie des solutions. Il est important de prendre le temps de communiquer avec votre partenaire au sujet des irritants quotidiens et des ruminations pour exprimer adéquatement votre ressenti puisque sinon, le corps s’en chargera pour vous notamment par une baisse de désir sexuel. Il est aussi primordial d’être capable de vous parler de vos insatisfactions sexuelles et de vos préférences en lien avec la sensualité et la sexualité pour pouvoir vous ajuster mutuellement. Ici, les accusations, les rapports de pouvoir, la culpabilité et le ressentiment ne sont pas permis. L’écoute, l’empathie et le respect par contre, sont requis.
Pour conclure sur des réflexions qui peuvent aider
Certaines pistes de réflexion peuvent vous aider dans l’identification des causes de l’écart entre votre désir sexuel et celui de votre partenaire. Prenez le temps chacun de votre côté pour réfléchir à ces pistes et revenez-y ensemble en toute honnêteté pour apprendre à vous connaitre, à vous comprendre et à vous ajuster mutuellement. Que signifie pour vous la sexualité? Quelle est son importance? Quelle place occupe-t-elle dans vos priorités? Dans vos valeurs? Comment vous percevez-vous par rapport à la sexualité? Comment voudriez-vous vous percevoir? Avez-vous une bonne connaissance au sujet de votre désir sexuel? De votre mode d’excitation? De vos préférences? Que signifie avoir du désir sexuel? Et finalement, préférez-vous vous adapter mutuellement pour remédier à l’écart du désir sexuel entre votre partenaire et vous ou êtes-vous enlisé dans une lutte de pouvoir où vous tentez de faire comprendre à l’autre qu’il est la source du problème? Ce qui revient à se demander s’il est plus important d’avoir raison ou d’être heureux?
Sources :
Bloss, Thierry, « la dialectique des rapports hommes-femmes. (2001). Presses Universitaires de France, 2e éd., p. 304.
Widmer ED, Ammar N. Désir sexuel et styles d’interactions conjugales. Sexologies (2013), http://dx.doi.org/10.1016/j.sexol.2013.05.003